Lorsqu’il écrivait – et, certainement aussi, lorsqu’il parlait – aux chrétiens d’Ephèse, de Colosses ou d’ailleurs, saint Paul prenait régulièrement soin de “genrer” son discours, autrement dit, de l’adapter à l’identité sexuelle des chrétiens à qui il s’adressait : « Vous, les hommes… », « Vous, les femmes… ». Aujourd’hui, il est rare que les pasteurs de l’Église s’adressent spécifiquement aux hommes (ou aux femmes d’ailleurs). On n’entend en effet presque jamais un prêtre en homélie se tourner vers les hommes qui sont dans l’assemblée pour leur parler spécifiquement. De même, on ne lit presque jamais de lettre pastorale ou de bulletin paroissial dans lesquels un évêque ou un curé s’adresse aux hommes de son diocèse ou de sa paroisse en prenant en compte leur identité, leur vocation et leur mission masculines. Au lieu de cela, on a souvent l’impression que les pasteurs considèrent le peuple chrétien comme un groupe humain indifférencié, asexué. Mais certains signes montrent que les choses sont peut-être en train de changer.

Quand un évêque monte sur la brèche

Le 29 septembre 2015, Mgr Thomas Olmsted, évêque de Phoenix, aux États-Unis, adressait aux hommes de son diocèse une lettre pastorale qui restera certainement dans les annales de l’Église. Dans cette exhortation apostolique d’un nouveau genre intitulée “Into the breach” (« Sur la brèche »), Mgr Olmsted appelle « ses fils et ses frères, hommes du diocèse de Phoenix » à la virilité chrétienne avec l’ardeur d’un chef haranguant ses frères d’armes avant la bataille.

Si sa lettre est si puissante, c’est d’abord parce qu’il s’adresse exclusivement aux hommes, mais surtout parce que le ton et les mots qu’il emploie sont spécialement adaptés au cœur masculin. Et font mouche. Par exemple : « Messieurs, nous ne devons jamais croire que la sainteté et le courage sont des choses du passé ! » Tout au long de sa lettre, il ne cesse d’en appeler aux vertus viriles de force et de combativité. « Notre préoccupation n’est pas de savoir si le Seigneur nous donnera la force nécessaire, mais comment Il nous la donne dès maintenant. » Il place résolument le combat au centre de la vie chrétienne, notamment dans le domaine de la sexualité : « Nous arrivons ici à l’épicentre de la bataille masculine dans notre temps, le lien entre la vie et l’amour : la sexualité, ce don de Dieu. La nécessité de développer la chasteté dans votre vie, mes fils, ne pourra jamais être assez soulignée. »

« Ecce Vir »

Mais surtout, en ligne de mire, l’évêque de Phoenix indique Jésus comme modèle de masculinité aux hommes de son diocèse. Modèle d’humanité, bien sûr, mais aussi modèle de virilité. « Ecce homo » est aussi « Ecce vir ».

C’est en Jésus-Christ que nous distinguons le sommet de la virilité et de la force dont nous avons besoin dans nos vies personnelles et au sein de la société. (…) Jésus nous a dit que c’est pour cette raison qu’Il est venu dans le monde, que Son ardent désir est de Se donner totalement à nous. Là, réside la plénitude de la masculinité : chaque homme catholique doit être prêt à se donner totalement, pour combler la brèche, pour engager le combat spirituel, pour défendre les femmes, les enfants et les autres contre la malignité et les embûches du démon !

Voilà un appel capable de (re)donner aux hommes chrétiens la certitude que Dieu leur a donné, dans l’Eglise et la société, une mission irremplaçable et un poste de première ligne !

Vers une pastorale adaptée à l’âme masculine ?

D’autres évêques comprennent l’importance de s’adresser spécifiquement aux hommes et de leur présenter la vie chrétienne sous un jour qui mobilise leur âme masculine. En France, à l’initiative de quatre hommes, dont un ancien des camps Optimum, Mgr Jean-Paul James s’est adressé à 200 hommes de son diocèse réunis à Nantes. Une première. Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, soutient et encourage depuis plusieurs années le pèlerinage des pères de famille dont la destination initiale était Cotignac, sanctuaire dédié à saint Joseph, cet autre modèle de virilité évangélique. Mgr Rey a récemment accompagné le lancement des camps « Au cœur des hommes », inspirés du livre Indomptable et des camps Optimum. Il y intervient régulièrement pour parler aux hommes et passer du temps avec eux.

Le pape François montre la voie

Le pape, pasteur de l’Église universelle, n’est pas en reste. Dans la magnifique exhortation sur l’amour dans le couple et la famille Amoris laetitia publiée en mars dernier, François prend le temps de s’adresser spécifiquement aux hommes. Il met en valeur plusieurs « caractéristiques précieuses de la masculinité » (n° 177) : le sens du réel et de ses limites, la capacité à orienter, la faculté de sortir vers le monde, la force de relever des défis, le sens de l’effort et de la lutte (n° 175).

S’adressant spécifiquement aux pères, il les appelle par-dessus tout à être présents. Présents à leur femme et à leurs enfants. Présents, c’est-à-dire proches, impliqués, engagés. Fidèles au poste.

La première nécessité, donc, est précisément celle-ci : que le père soit présent dans la famille. Qu’il soit proche de son épouse, pour tout partager, les joies et les douleurs, les fatigues et les espérances. Et qu’il soit proche de ses enfants dans leur croissance : lorsqu’ils jouent et lorsqu’ils s’appliquent, lorsqu’ils sont insouciants et lorsqu’ils sont angoissés, lorsqu’ils s’expriment et lorsqu’ils sont taciturnes, lorsqu’ils osent et lorsqu’ils ont peur, lorsqu’ils commettent un faux pas et lorsqu’ils retrouvent leur chemin ; un père présent, toujours. (n° 177)

Dans sa catéchèse du mercredi 4 février 2015, le pape François ajoutait : comme père, l’homme « est aussi celui qui sait protéger sans se ménager ». Dans cette formule ramassée, il désignait deux autres vertus proprement viriles : protéger ce qui est précieux, en premier lieu la femme et l’enfant, et se dépenser sans compter pour eux. « Protéger sans se ménager. » Voilà un langage et des vertus capables de faire vibrer des cœurs masculins ! Voilà de quoi convaincre les hommes, qui en doutent peut-être parfois, que l’évangile n’est pas émasculant, mais virilisant, dans le meilleur sens du terme : il nous invite à mettre notre force, toutes nos forces d’homme, au service de l’amour. Jean-Paul II s’est fait le chantre inspiré du génie de la femme, notamment dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem (1988). François se fera-t-il le héraut audacieux du génie masculin en écrivant une lettre sur la vocation et la mission de l’homme ? Elle pourrait s’intituler, par exemple, Viri missionem…

Gabriel

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