Cette période de 40 jours peut se vivre comme un combat. Il exige volonté et entraînement. Avec la Grâce, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Encore un Carême ?

« Carême 2017 : serez-vous des nôtres ? » Ça y est, ça (re)commence… Un mail qui tombe dans la boîte. Bientôt d’autres suivront. La paroisse aussi fourmille de propositions pour « vivre le Carême » cette année. Et mon smartphone me le rappelle souvent, avec ses applis cathos de plus en plus nombreuses. Aucune excuse désormais. Tout est à portée de pouce. Mais je traîne la patte… Si ça continue, même les enfants en feront plus que moi, car eux aussi, de leur côté, ont des propositions pour vivre le Carême. Et à leur façon ils les tiennent, eux…

Chaque année, cette période liturgique s’invite dans le quotidien de nos existences. Ces 40 jours qui en paraissent 100… Mais cette année, peut-être davantage que les précédentes car Optimum m’y a invité, j’ai envie d’affronter ce combat en homme nouveau. Parce que justement c’est un combat. Contre soi-même surtout, avec l’aide spirituelle qui nous est donnée.

Je sais que ce temps fait partie de ma vie de catholique et que, plus qu’une sorte de poids à traîner, il peut être un moteur. L’Église nous le propose pour ça, à la suite du Christ. Plus qu’une banale privation de dessert, une retraite « dans mon désert ». Ça se tente. Même si je sais que je ne serai pas forcément vainqueur tout de suite. « Ma vie est un combat à mener », ai-je entendu lors d’un topo au camp Optimum de Paray. Je le sais bien et je ne suis pas seul à l’affronter : mes frères aussi sont en train de combattre contre toutes sortes d’obstacles qui se dressent dans leur vie. Serai-je un de ces pleutres qui, dans Braveheart, veulent abandonner le terrain à l’ennemi ? Ou serai-je comme William Wallace, un combattant solide et hardi, tenace et courageux ? Malgré ma modeste monture – moi-même – que je sais si fragile, je choisis le rôle de William Wallace.

Ce qui me rassure ? Je suis bien entouré sur le champ de bataille, avec une protection de très haut rang. Jugez plutôt? Car j’ai

Le Christ devant moi,
Le Christ derrière moi,
Le Christ en moi,
Le Christ au-dessus de moi,
Le Christ au-dessous de moi,
Le Christ à ma droite,
Le Christ à ma gauche,
Le Christ en largeur,
Le Christ en longueur,
Le Christ en hauteur…
(Prière de saint Patrick)

J’en ai la certitude. Le Christ donne tout le sens à ce défi. C’est cela qui le rend exaltant. 

Derrière ce combat, il y a aussi la victoire possible. Pas tout de suite, ce serait trop facile. Mais elle saura arriver à point nommé. Une somme de petites victoires en fait une grande.

A la manière des petits ruisseaux qui font les grandes rivières ? Oui, enfin presque, car dans ce cas, je n’oublie pas que tout ne vient pas de mes seuls petits bras musclés. L’Église nous rappelle que c’est toujours Dieu qui me donne de faire le bien, car il m’enveloppe, et en même temps je suis réellement l’auteur du bien que je fais. Et Dieu, qui m’a aidé discrètement à le faire, s’en réjouit !

« Les yeux fixés sur le Christ, entrons dans le combat de Dieu », avons-nous entendu ce Mercredi des Cendres. Voilà donc le début de l’aventure : je pose des « règles de vie » qui m’aident à avancer dans cette direction. J’ai enfin compris que je ne pouvais pas gravir le mont Blanc avec des bottes en caoutchouc… D’abord l’entraînement. Certains frères y arrivent bien pour un semi-marathon ; ils se fixent un objectif de temps, courent un peu chaque matin ou chaque soir. Pourquoi ça ne marcherait pas avec ma vie personnelle et spirituelle ? Me lever cinq minutes plus tôt pour prier un Notre Père, mettre ce sacré smartphone en mode silencieux de 19h à 21h, lire l’Évangile du jour, sourire au voisin du dessous, prier pour mes collègues, être certain que même chez les plus difficiles le Seigneur est présent, aller prêter main forte à mon curé, passer plus de temps devant le Saint-Sacrement… Les exemples sont légion. Chacun connaît ses ennemis, et parfois les plus intimes,  souvent tenaces eux aussi.

Cadeau

« Il faut être ambitieux ! » Je connais ce refrain, mais l’ambition a un début. Ce début est d’abord modeste. Pour devenir un homme meilleur, le Carême est finalement un excellent tremplin. Alors comment s’y mettre ? D’abord, prendre le temps du silence. Pour une fois, déconnecter. Et dans ce silence, prendre une décision, une seule, une vraie. « Peu mais jusqu’au bout », m’encourage mon si cher père spirituel depuis des années. Et en se regardant en face. Que puis-je offrir pendant quarante jours qui aurait du sens dans ma vie d’homme chrétien ayant le souci et le désir de « devenir meilleur » ? C’est comme choisir un cadeau à offrir, sans se préoccuper de l’emballage, de la couleur et du prix. Je paierai de ma personne.

A Pâques, la joie de la Résurrection résonnera en nous comme un cri de victoire ! Oui, je suis un homme nouveau, même si je n’ai pas le cheval ni la crinière de William Wallace, je peux moi aussi remporter des batailles. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas d’autres. Au contraire et peut-être assez vite. Mais ce sera ma victoire du Carême 2017. Mon Austerlitz à moi. Ou mon marathon, c’est selon, avec un meilleur temps que l’an dernier. Pour la gloire de Dieu !

Matthieu

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