Courage!

Nous avons choisi de reproduire ici une magnifique lettre écrite par un chef à l’un de ses hommes. Ce chef, c’est le général Pierre de Villiers, actuel Chef d’Etat-major des Armées. Cet homme, c’est le jeune engagé, du soldat au futur chef, « celui qui a répondu, sans calcul, à ce que lui dictait sa jeunesse […], celui qui a fait le choix de la difficulté et du dépassement de soi […], celui qui veut donner un vrai sens à sa vie en lui donnant une direction et un but. » Et dans cette lettre, il est justement question de courage.

Certes, nous ne sommes pas tous militaires, mais nous sommes tous des combattants. Notre champ de bataille, c’est notre cœur et le quotidien de notre vie d’homme. Notre vocation, c’est le courage. En ce sens, cette lettre nous est adressée à nous aussi.

« Mon cher camarade,

Le général de Gaulle jugeait les hommes selon trois caractères, essentiels à ses yeux : l’instinct, l’imagination et le courage. Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler du courage.

C’est d’autant plus nécessaire que le courage est parfois regardé avec suspicion par certains de nos contemporains. Son odeur de poudre et son panache l’ont, de facto, remisé – pensent-ils – au rang des valeurs quelque peu désuètes, pour ne pas dire inutiles, voire dangereuses.

Ceux-là ne connaissent pas le vrai visage du courage ! Le vrai courage ne pavoise pas. Il ne fanfaronne pas. Il ne recherche ni le feu des projecteurs, ni celui de la mitraille. Il ne s’attache pas aux honneurs.

C’est, avant tout, dans les petites victoires du quotidien qu’il trouve son sens et son épaisseur. C’est là qu’il se forge, qu’il se construit. Dans notre for intérieur, nous le savons : derrière chacune des petites victoires contre nous-mêmes, notre courage est à l’œuvre.

Napoléon avait coutume de dire : « le vrai courage, c’est celui de trois heures du matin ! ». Celui des heures froides et longues ; celui des heures de garde nocturne que vous connaissez bien. Celui qui vous tient éveillé, pour veiller et protéger.

Le visage du courage a des traits qui ne trompent pas. Il se reconnaît à coup sûr.

1er trait : le cœur. Le mot même de « courage » vient du cœur, cor en latin. Il faut du cœur pour vaincre sa peur et se porter, sans calcul, au-devant de ce qui est difficile. Sans élan du cœur, point de courage. Cela ne signifie pas, pour autant, absence de prudence. « Un parachutiste est audacieux mais il ne saute jamais sans parachute ».

2e trait : la force. Chez le soldat, elle allie force physique et force d’âme. Entre les deux, la force d’âme tient la première place ; elle commande et maîtrise la force physique. Elle permet à la force de ne jamais basculer dans la violence ou la témérité stérile. Parfois même, la force d’âme permet à la force physique de se reconstruire ; je pense, ici, à nos blessés et à leurs familles qui mènent ce combat de la reconstruction avec tant de courage.

3e trait : la résistance. Celle qui permet, si nécessaire, de tenir bon contre les vents dominants. Celle qui préfèrera toujours les convictions aux évidences ; la fermeté à la lâcheté ; la vérité à l’ambiguïté. En cela, le courage ne s’oppose pas à la discipline, pas plus qu’à la loyauté, qui rime avec vérité. Nos armées ont besoin d’hommes et de femmes dotés d’un véritable courage intellectuel et capables de tenir une position pour le service du bien commun. Tenir la position, ce n’est pas être immobile ; c’est être debout !

Enfin, j’ajoute pour terminer que le courage est la seule vertu qu’on ne peut imiter. Impossible de faire semblant !

Continuez à en faire preuve. En opérations comme dans la vie de tous les jours. En situation de guerre ou en temps de paix. Le courage est une condition indispensable à toute victoire même si elle n’est pas suffisante. Ma prochaine lettre traitera, justement, de l’imagination, deuxième mot de la citation initiale d’aujourd’hui.

Fraternellement,

Général d’armée Pierre de Villiers »