« Tu ne tueras point » de Mel Gibson

L’histoire réelle de Desmond Doss et le film qu’en a tiré Mel Gibson mettent en avant le thème de la blessure et de la force qui surabonde à travers celle-ci.

Quelques mots d’abord sur le synopsis.

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Source: Allociné

« Or, la loi est intervenue pour que l’offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé »
Romains 5: 20

Le film porte clairement en lui les thèmes du Camp Optimum. Nous vous proposons ce décryptage, à savourer idéalement après avoir vu le film!

La blessure

Dieu se sert de nos blessures pour nous indiquer notre vocation, ce qui a du sens pour nous. Ainsi Doss a vécu 3 épreuves qui ont façonné son être intérieur et sa soif d’aider/ secourir les autres, d’apporter la vie plutôt que la mort.
Dieu nous façonne à travers nos blessures pour nous rendre meilleurs.

« Il sait néanmoins quelle voie j’ai suivie; Et, s’il m’éprouvait, je sortirais pur comme l’or. » Job 23:10
« Car tu nous as éprouvés, ô Dieu! Tu nous as fait passer au creuset comme l’argent. »  Psaume 66:10
« Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. » 1 Pierre 4:12

La première épreuve arrive lorsque Doss manque de tuer son frère alors qu’il jouait avec lui à se bagarrer. Doss réalise dans son coeur, et notamment grâce à sa maman, qu’il aurait pu tuer son frère et manquer au commandement de Dieu « Tu ne tueras point ».

La seconde épreuve survient lorsque Doss voit son père se disputer violemment avec sa mère et la frapper. Doss est pris d’une grande colère devant le mal et l’injustice que son père fait subir à sa mère; il menace alors son père avec une arme. Doss réalise une nouvelle fois que cette violence l’a presque amené à tuer son prochain en la personne de son père.

On voit combien Doss est en réalité extrêmement sensible à la violence.

La troisième épreuve est assez différente car elle n’implique une violence commise par Doss ou qu’il aurait pu commettre mais une situation violente à laquelle Doss réagit avec une grande sensibilité et dans l’immédiateté.
Alors qu’il nettoie un vitrail dans l’église de son village, il entend un garçon crier de douleur tandis qu’il gît, les jambes écrasées par une automobile qui s’est affaissée sur lui pendant qu’il tentait de la réparer.
Doss est le premier à arriver sur les lieux et à intervenir pour aider le jeune homme gravement blessé; il l’emmènera alors à l’hôpital.

Quand le docteur informe Doss qu’il a sûrement sauvé la vie de ce garçon, c’est comme une révélation de sa vocation pour Doss. Il regarde l’intérieur de l’hôpital, voit toutes ces personnes blessées et le spectateur ressent que Doss est profondément touché. C’est presque comme un début de rédemption après les 2 premières épreuves qui ont laissé un sentiment de culpabilité dans son coeur.

Doss décide alors d’être infirmier pour consacrer sa vie à secourir son prochain.

Le combat

Plus loin encore que la blessure du coeur, ce sont les thèmes de la réponse au Mal et la question de la guerre juste qui sont développés dans le film.

Peut-on légitimement tuer lors d’une guerre ?

La scène de l’entretien entre Doss et le médecin militaire dans le camp d’entrainement pose directement cette question. Le commandement de Dieu « Tu ne tueras point » peut être interprété comme « Tu n’assassineras personne« . Tuer quelqu’un dans le cadre d’une guerre serait un acte de défense. Défense de soi, défense de son pays, de sa civilisation, de ses enfants…

Doss n’essaie pas d’apporter une réponse à cette grande question; il ne se livre pas à une réflexion philosophique sur la réponse au mal, pour savoir si combattre le mal rend légitime le fait de tuer. Il refuse tout bonnement de porter une arme ou d’en toucher une. Il est alors emprisonné.

Plus tard on découvre Doss dans la prison militaire recevant la visite de son colonel. Ce dernier essaie encore une fois de le dissuader de maintenir sa position d’objecteur de conscience. Le colonel a les mots justes pour demander à Doss ce qu’il faut faire pour répondre au mal à travers cette guerre.
Doss répond tout naturellement:  « Je ne sais pas, mais je sais juste que porter une arme et tuer va contre mes convictions profondes »

Mais il y a aussi le combat, ou les multiples combats contre les tentations du mal.

La première partie du film est sans équivoque : Doss subit des humiliations de ces chefs militaires, de ses camarades militaires, pour le pousser à abandonner l’armée etc. Au milieu de ces épreuves Doss se réfugie dans sa bible pour y puiser le courage de tenir, de garder ses convictions profondes.
Plus tard dans le film nous voyons Doss se battre contre Dieu dans la prison militaire.  cela évoque le combat de Job avec Dieu. Doss ne comprend pas ce qu’il peut faire; il sent cette colère qui monte en lui et la ressort en exprimant sa violence contre les murs.

Ces combats intimes façonnent la force morale de Doss, à l’aide d’une prière insistante.

C’est un peu la prière du pauvre de Doss: « Aide moi à en sauver encore un »… »encore un« …
Lorsqu’il sauve ses compagnons d’armes blessés ou mourants, Doss est fatigué, meurtri, il a peur…mais il prie sans cesse ses quelques mots vers son Dieu pour obtenir de l’aide, trouver le courage et la force de continuer. La prière n’est pas compliquée; elle peut se répéter pour toucher le cœur de Dieu.

« Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. » Philippiens 4:6

Dieu, même lorsque le mal nous assaille de toute part, vient à notre secours.

Au moment où Doss arrive devant la Cour martiale, son pas est lent et n’est pas du tout assuré; il est toujours dans le doute et la tentation d’abandonner et de plaider coupable, Il ne sait à ce moment-là sûrement pas comment se défendre. Mais le Seigneur ne l’abandonne pas et lui envoie son Esprit-Saint qui lui souffle les mots de sa défense. On voit vraiment son changement de comportement; il devient beaucoup plus assuré car le Seigneur lui envoie une force. Doss donne alors un petit discours et trouve les mots justes.

« Mais, quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz: ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même; car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » Matthieu 10

L’aventure

Le film contient le thème de l’appel et de la réponse à une vocation.

Alors que tout son bataillon s’est retiré de Hacksaw et de son champ de bataille, Doss reste le seul (du moins en bon état) au milieu des blessés, et sous le feu de la Navy qui pilonne les Japonais. Doss est désemparé, il crie vers son Dieu « Qu’attends-tu de moi ? » et Dieu lui répond par l’intermédiaire d’un blessé qui l’appelle aussitôt au secours.
Doss a crié vers son Dieu et son Dieu lui a indiqué et confirmé sa vocation: secourir son prochain.

Il y a aussi cette scène magnifique qui nous montre Doss au service d’un de ses camarades militaires. Doss se penche vers son prochain et avec un peu d’eau lui lave les yeux et le visage; alors celui-ci recouvre la vue. Comment ne pas penser à l’Evangile!

« Après avoir dit cela, il cracha par terre et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux [de l’aveugle] » Jean 9

Où cette aventure conduira Doss? L’unique vocation de l’homme est de retourner vers son père, car c’est seulement en lui qu’il sera pleinement comblé.

Lors de la scène finale, nous pouvons assister à l’élévation du brancard de Doss, et le plan de contre-plongée nous montre un Doss qui semble s’envoler vers les cieux, la Bible à la main, dans un état apaisé, surement enfin pleinement comblé. Nous remarquons qu’en dessous de ce brancard se trouve la désolation et la mort;, comme corps de l’homme qui ressuscitera au dernier jour.

La conquête de la belle

La première partie du film nous montre Doss à la conquête de sa belle.

Bien-sûr cette relation peut paraître un peu rapide et naïve, mais nous pouvons tout de même en tirer quelques remarques.
Doss illustre les qualités de cœur suivantes : il est un homme volontaire, il a confiance en lui et il est franc. Il s’engage complétement et exclusivement dans cette relation

Doss apprend à communiquer avec sa belle.
Par deux fois, la jeune femme demande à l’homme qu’il lui fasse une « demande » même si elle aime bien être surprise. La première fois quand il l’embrasse soudainement, qu’elle le gifle et qu’elle lui demande de demander ce baiser. La seconde lorsqu’elle lui demande quand il va lui demander sa main.

Doss recherche l’amour, non pas pour la douceur que cela apporte, mais pour y puiser la force de combattre pour le bien, pour le vrai.

Alors qu’il a trouvé la femme de sa vie, il décide de s’engager dans l’armée!
Doss invite sa belle à partager son aventure, à l’image de cette balade en forêt ou Doss l’emmène sur cette falaise qu’il connait bien, là où la grandeur et la beauté de la nature s’offrent à eux. Une belle image du couple.

Quelques thèmes secondaires

Pour aller plus loin voici deux autres thèmes intéressants dans le film.

La relation père/fils

Le père de Doss le sauve grâce à la lettre du général; le père se sauve lui-même, sauve encore son prochain en tant que militaire. Il a résolument donné sa vie pour son prochain dès son combat en France, et la lourdeur administrative de l’armée militaire est balayée par cette volonté de sacrifice. Par son geste en Cour martiale, le père de Doss se rachète d’une mauvaise conduite passée. Il rétablit sa place de père et gagne le respect de son fils.

La brebis égarée

Quand Doss revient au camp après avoir sauvé 75 personnes, sa première inquiétude est pour la personne qu’il n’a pas pu sauver: l’infirmier IRV. Alors que Doss parcourt du regard les hommes qui lui ont été confiés et qu’il a secouru, il s’inquiète pour celui qu’il n’a pu secourir.

« Quel est l’homme d’entre vous, qui, ayant cent brebis et en ayant perdu une, ne laisse les quatre–vingt–dix–neuf au désert, et ne s’en aille après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée ? » Luc 15 : 4

En conclusion le film de Mel Gibson est particulièrement riche et nous vous incitons à le voir ou le revoir à la lumière des piliers du Camp Optimum.

Yves

Prochain Camp Optimum :
4 au 7 avril 2024 à Autrans

Les inscriptions sont ouvertes !